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Qui était Charles Quint?

        Carlos Quinto était le petit-fils des Rois Catholiques, qui avaient décidé de marier leur fille Juana à un Habsbourg, Philippe, le fils du roi d’Allemagne (autrement connu comme le Saint Empire Romain Germanique), afin de renforcer l’alliance hispano-allemande contre la France. Lorsque Juana devint reine, Philippe s’installa à Tolède avec son épouse, créant de grands soucis chez les espagnols, car Juana, ayant perdu son frère et sa sœur, souffrit elle-même de troubles mentaux, laissant ainsi grande ouverte la porte du trône au prince étranger, ce qui sans doute entraîna sa mort, survenue subitement après avoir bu un verre d´eau glacée.

        Qu’il s’agisse d’un assassinat ou non, Juana devint folle de douleur et dût être enfermée au monastère de Tordesillas pendant le reste de sa longue vie. Son fils Charles, né à Gant où il fut élevé par ses grand-parents, arriva en Espagne à l’âge de 17 ans pour prendre la place de sa mère sur le trône. Peu après il hérita de son grand-père, Maximilien, le trône allemand, devenant par la suite l’Empereur Karolus Quintus, soit, Charles Quint. Il utilisa toujours ce titre et non celui de Charles I pour la simple raison que sa pauvre mère Juana, qui dormait sur les dalles froides de sa cellule, délirante et couverte de ses propres excréments, devait garder son titre de Reine jusqu´à sa mort, qui survint à peine six mois avant l´abdication de son fils. Ce qui veut dire que, durant presque tout son règne espagnol, Charles ne fut effectivement qu’un régent.

        Le jeune roi se maria à Seville avec sa cousine, Isabelle de Portugal, venant à Grenade avec elle et tout son brillant cortège en voyage de noces en 1526, afin d’y passer un été qui se prolongea jusqu’à la fin de l’année. Charles fut si enchanté par la ville qu’il décida d’y construire un grand palais, tout près des bucoliques patios et des colonnades des rois maures, qu’il prétendait utiliser comme des jardins exotiques où, selon la mode de la Renaissance, on pouvait célébrer des fêtes à l’air libre et déambuler au clair de lune. Il est évident que ces palais n’offraient pas le confort nécessaire, car les hommes européens de l’époque avaient besoin de portes et de fenêtres et, aussi bien sûr, de cheminées. Sa démarche est assez compréhensible, car les palais maures ressemblent davantage à des tentes africaines qu’à des logements de tous les jours dans un pays où le climat est souvent assez froid.

        Afin de financer la construction, qui exigea la venue d’architectes et d'artisans du Nord de l’Espagne et aussi d’Italie, le Roi créa un impôt dont les vieux chrétiens furent aussitôt exempts, laissant donc la note toute entière aux malheureux moriscos de l’Albaicin. Le palais, qu’on l’aime ou pas, a sa propre importance historique, car il ne fut pas seulement le premier grand édifice de la Renaissance construit en dehors de l’Italie, mais, aussi, le premier véritable palais royal qui avait jamais été construit en Espagne, puisque les résidences royales avaient toujours été installées dans des austères forteresses, comme l’Alcazar de Tolède.

        Malheureusement, le projet alla mal avant même d’être lancé, car pendant l’été idyllique que Charles passa à Grenade, la ville fut secouée par un tremblement de terre, faisant si peur à Isabelle que plus tard elle refusa d’y retourner. Et une fois les travaux commencés, le tribut des moriscos se révéla vite insuffisant pour financer un projet si énorme, obligeant les maçons à ralentir le travail au pas d’escargot des contributions. En fait, la construction du palais, qui resta d’ailleurs inachevé, prit 110 ans, deux fois celle de Notre-Dame! Charles, l’homme qui devait l’habiter, mourut lorsque le travail en était à peine à sa trentième année, et dix ans plus tard, juste au moment où les maçons allaient placer les poutres du toit, la source financière principale disparut, avec l’expulsion des moriscos, comme conséquence de l’émeute de 1568.

        Néanmoins, le travail continua sans relâche, consommant des générations de travailleurs. L’histoire, impressionnante, est racontée par Gallego y Burín dans son célèbre Guide de Grenade: le premier architecte, Pedro Machuca, consacra sa vie entière à une section du palais, et après sa mort son fils y consacra la sienne, laissant la tâche à un autre jusqu’à ce qu’il disparaisse lui aussi; à la suite un autre architecte le releva, disparut, en arriva un autre, qui mourut aussi... et ainsi de suite jusqu’à ce que tout soit abandonné pendant le déclin économique du XVIIIème siècle, devenant, à partir de ce moment-là, une ruine mégalomane de plus de l ’empire déchu. 200 ans plus tard, à notre siècle, le régime de Franco reconstruisit le toit effondré et termina le bâtiment, comme symbole du glorieux passé chrétien de l’Espagne, mais jusqu ’à présent aucun roi n ’y a jamais habité.

 

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