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Cour des Lions

 

Lorsque les Chrétiens découvrirent le palais des rois maures, en 1492, ils furent émerveillés par la richesse de l'Alhambra, laquelle, par rapport aux austères forteresses qui servaient de demeures à leurs propres monarques, était incroyablement luxueuse. Ils appelèrent son bâtiment le plus élégant - qui pour les Maures était le Palais de Mohammed V - la "Chambre des Lions",pour la curieuse fontaine qui se trouve en son centre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce palais est, sans doute, l'exemple le plus fin du style hybride que l'on appelle mudéjar, lequel combine les filigranes et les incrustations de l'art des Maures avec le style tri-dimensionnel et naturaliste de l'architecture gothique. En fait, cette cour, unique en son genre, ressemble beaucoup aux cloîtres cisterciens, que les architectes ont bien pu visiter dans le nord de l'Espagne.

 

La Cour des Lions représente le Jardin du Paradis, rappelant un oasis, avec une source d'eau entourée de palmiers. Les rectangles du sol entre les sentiers pavés étaient, à l'origine, des jardins encastrés, qui débordaient de fleurs et d'arbustes aromatiques.

 

 

 

 

 On méconnaît la provenance des lions, mais il est clair qu'ils n'ont pu être faits par les Maures, puisque le Coran leur défendait de représenter des créatures vivantes - ceci pour empêcher un retour à l'idolâtrie que le Prophète, sous la commande de Dieu, avait éliminé, mais leur seule présence ici - avec celle des portraits des Rois Nasrides dans des alcôves de la cour - démontre clairement que les grenadins du XIVème siècle s'étaient laissés influencer, de façon irréversible, par les idées et les goûts de leurs voisins Occidentaux.

 

 

 

La cour est entourée de quatre salles: celle qui fait face à la ville - la Sala de Mocárabes - a été très endommagée par l'explosion de 1590. La reconstruction, dans un lamentable style baroque, n'a jamais été terminée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La salle qui lui fait face, sur le côté opposé de la cour - la Salle des Rois - est une longue galerie de chambres ouvertes, qu'on utilisait pour les réceptions pendant la saison chaude. Les Chrétiens l'appelèrent ainsi à cause des peintures qui recouvrent les coupoles des trois alcôves de la galerie, dont l'une représente les Sultans Nasrides qui avaient jusqu' alors régné sur Grenade. Ces peintures sont, pense-t-on, l'oeuvre d'un groupe d'artistes italiens, que le Sultan avait embauché, parce que les peintres maures n'avaient pas le droit de créer d' images figuratives.

 

 

 

 

La Salle des Abencerrajes fut appelée ainsi par les Chrétiens de Grenade parce que, selon la légende, les hommes du clan rival y ont été massacrés afin de venger le Sultan, dont la femme avait été surprise en tête-à-tête avec l'un d'entre eux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quoiqu'il en soit, cette salle fut conçue pour la célébration des réceptions et des banquets pendant la saison froide, parce que, ne possédant aucune ouverture sur l'extérieur, on pouvait la chauffer facilement avec des braseros.

 

La plus grande, et la plus belle des salles est, sans doute, celle des Deux Soeurs, dont le nom vient d'un poème en arabe qui compare les deux immenses dalles de marbre qui se trouvent de chaque côté de la fontaine centrale à deux soeurs. Elle est l'antichambre de la salle du trône du Palais de Mohammed V.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nulle part ailleurs ne peut-on voir une pareille démonstration de mocárabes, les incrustations qui recouvrent les voûtes et les plafonds. Ces petites sculptures de plâtre moulé étaient juxtaposées afin de créer l'effet de stalactites dans une grotte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le trône, tout comme celui de la Tour de Comares, était installé sur un balcon. Ainsi, la lumière du jour entourait le Sultan d'une auréole, lorsqu'il reçevait ses visiteurs. Mais la légende romantique, une fois de plus, l'emporte sur la vérité historique: cet espace est connu de tous comme le Mirador de Lindaraja - "veranda des yeux de la reine" - pour la femme du Sultan Muley Hacen qui, dit-on, y vécut. Les fenêtres du balcon donnaient sur l'Albaicin et la vallée, jusqu'à ce que les Chrétiens décident de construire, en face, le logis de Charles Quint, coupant ainsi pour toujours la magnifique vue dont jouissait, prétend-t-on, Aixa, la reine délaissée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ici, comme partout à l'Alhambra, les murs sont couverts de dessins géométriques en relief. Les panneaux sont encadrés par des textes sacrés du Coran, dans des styles calligraphiques contrastants, d'une éblouissante complexité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Afin de retarder la défaite inévitable, les Nasrides ont accepté, à contrecoeur, de devenir les vassaux du Roi de Castille, lorsqu'ils prirent le pouvoir au début du XIIIème siècle. On voit partout, sur les murs richement décorés du palais, l'écusson qui leur fut donné symboliquement par les Chrétiens, et qu'ils ont tenu à graver avec les mots arabes, La Ralib Illa Ella, soit "Nul autre vainqueur sauf Allah".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Malgré les dégâts causés par les restaurations maladroites et l'érosion, la Cour des Lions prend sa place comme l'une des créations les plus singulières et émouvantes de l'humanité. Alexandre Dumas, qui, comme bien d'autres intellectuels européens, fit le pélerinage à Grenade au XIXème siècle, la compara à "un rêve pétrifié par la baguette d’un sorcier ".

 

 

Cliquez ici pour lire les extraits de  Grenade, ville de mes rêves

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