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Alcázar Genil
Au sud de la vieille ville, sur la plaine où coule tranquillement le Genil vers Cordoue et le Guadalquivir, on trouve - avec un peu de peine, il est vrai - deux monuments historiques qui sont exceptionnels mais que le visiteur ne visite que très rarement. Ce n'est pas parce cause d'un manque de charme, sino parce qu'ils ont été quasiment immergés par la vague des constructions faites sauvagement pendant les années 70 du siècle dernier, en plein "boom" economique, lorsque des grands nombres de villageois sont venus travailler dans la capitale provinciale. Là où avant - et je m'en rappelle parfaitement, lorsque j'étais étudiant à Grenade en 1961 - il n'y avaient que vergers, fermes, plantations de tabac et quelques villas de plaisance, on vit surgir du rien un ras de marée de "blocs d'appartements", comme on les appelle ici. Et c'est ainsi que les quelques vestiges musulmans qui n'ont pas été balayés se sont quelque peu perdus de la vue des passants...
Encore une raison pour ce manque de visibilité, les monuments en question ont été défigurés sérieusement par les mauvaises restaurations de cette époque qui mettaient tout à neuf (les actuelles sont fait avec plus de senisibilité, heureusement), dans le cas d'Alcázar Genil, et dans celui de l'Hermitage de Saint Sebastien parce que e'lle fut depuis longtemps transformée en église. Mais c'est le moindre des crimes, car aussi bien chrétiens et musulmans ont depuis toujours utilisé les temples de l'adversaire pour prier devant leur propres Dieux.

Il ne reste qu'un fragment de cette luxueuse maison de campagne du XIIIème siècle, où les Sultans recevaient les Ambassadeurs étrangers, ceux qui venaient du Maghreb et des terres chrétiennes aussi. Une residente du lieu était Aixa, mère du roi Boabdil. On y avait creusé un énorme étang qu'on remplissait avec de l'eau canalisée de la rivière, afin de célebrer des batailles navales entre vrais bateaux et combattants marins, ainsi faisant les délices de la foule.

Heureusement, pourtant, l'intèrieur a été restauré avec plus de délicatesse. On y voit les mêmes "mocárabes", ces incrustations de plâtre en forme de stalactites qui embellissent aussi les salles des Palais Nasrides, au coeur de l'Alhambra.


Mes compagnons de route, Wijjie et Don Valentino... Cette scène est la preuve la plus parlante de l'oubli dans lequel le palais est soumis. On a trouvé la porte grande ouverte et sans gardien, qui prenait sans doute un café tout près, ce qui nous a permis d'entrer non seulement sans payer mais accompagnés de notre chien! Inimaginable...
Ermita de San Sebastián
Par la suite on remonte les bancs du Genil, ainsi traversant l'eslanade appelée Paseo del Violón, avant d'arriver à une petite église carrée portant le nom de "Hermitage de Saint Sebastien". En réalité, elle fut construite au XIIIème siècle par les musulmans non comme mosquée mais, aussi, habitacle d'un saint homme, un hermite donc, qui recevait les musulmans qui souhait son aide spirituelle, en échange de quelques sous ou bien denrées alimentaires. Il s'agit en fait de l'unique "morabito" existant encore en Espagne.

Les chrétiens n'ont rajouté que le petit clocher sur le toit, le reste est tel que les arabes l'ont laissé, sauf bien sur le paysage urbain environnant...
Les promoteurs qui ont commis les crimes aesthetiques qu'on voit dans le fond (et qui se trouve aussi tels des monoliths ménaçants à la gauche de la scène photographiée) voulaient aussi raser le petit hermitage pour y laisser un autre blockhaus, mais des défenseurs du patrimoine les ont empêché au dernier moment.
Comme on voit ici, le temple est comme dans un trou, c'est parce que lors de la construction des berges du Genil, on a dû au même eléver le niveau du terrain, qui ne descendait plus en pente vers l'eau. Donc on a laissé cette depression autour de l'Hermitage, ce qui créer l'impression, malheureuse mais très à propos, qu'il sera bientôt completement engloûti par les progrès urbanistiques...

Devant l'hermitage, alors encore "morabito", l'un des moments les plus touchants de notre histoire eut lieu le 2 janvier 1492. Le roi maure Boabdil y est descendu de l'Alhambra pour rendre la ville officiellement aux Rois Cahtoliques.
Un tableau du XIXème siècle, souvent réproduit dans les manuels scolaires, montre cette reddition aux pieds de l'Alhambra. On voit Boabdil sur la gauche, symboliquement dans les ombres, avec Isabelle et Ferdinand, hautains et brillants au beau soleil d'hiver, qui attendent la remise de la clef du château, que Boabdil leur offre le bras humblement tendu...
En réalite, ils étaient comme les trois larrons, des amis de longue date, puisque quand Boabdil luttaient contre son rival et oncle El Zagal, quelques années auparavant, il chercha réfuge dans la cour chrétienne, y séjournant en tout confort pendant quelques mois. Il a été ensuite relâché parce que les Monarques pensaient, cyniquement, qu'au moment de la victoire, qu'ils savaient certaine, il serait plus facile de traiter avec lui qu'un autre... Ils eurent bien raison, et Boabdil n'a pas perdu à l'échange, puisqu'il a pu conserver d'importants domaines, qu'il a rapidement vendu par la suite, avant de partir au Maroc les sous en pôche.
Cette photo fut prise entre l'Hermitage et les marches monumentales du Palais des Congrès (qu'on voit sur la droite?. Elle démontre que, en prenant la Tour de la Vela comme point de repère, le peintre a bien situé la scène au bon endroit, même si le reste relève de la propagande politique...

Cette église est très populaire parmi les habitants du quartier (des blockhaus, donc...) qui viennent nombreux pour la Messe Domenicale. Mais le détail d'origine le plus poétique est le dessin en bas-relief avec lequel les maures ont décoré la coupole...

Au centre du plafond, ce dessin forme une étoile aux multiples pointes, qui est typiquement orientale. C'est un vrai miracle, aussi, qu'il ait survécu huit siècles!
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